Arrêté jeudi à Sao Paulo, Michel Temer est soupçonné d'être "le chef d'une organisation criminelle" qui aurait détourné jusqu'à 1,8 milliard de réais (417 millions d'euros), a annoncé le parquet, moins de trois mois après la fin de son mandat. 

Il a été arrêté lors d'une opération liée à des pots-de vin autour de contrats de génie civile pour la centrale nucléaire d'Angra 3, à 150 km de Rio, qui ne seraient que la partie émergée d'un gigantesque iceberg de détournements de fonds.

Michel Temer a ensuite été transféré à Rio de Janeiro pour être placé en détention préventive. Ses avocats ont rapidement deposé une demande d'habeas corpus qui lui rendrait la liberté.

Cette arrestation a fait l'effet d'une bombe, même si elle ne constitue pas réellement une surprise alors que l'ex-chef de l'Etat est l'objet d'une dizaine d'enquêtes anticorruption. 

M. Temer, 78 ans, qui a quitté le pouvoir à la fin 2018 après deux ans et demi de mandat, devient le deuxième président du Brésil emprisonné grâce à "Lavage express", après Luiz Inacio Lula da Silva, en prison depuis avril 2018 pour corruption et blanchiment d'argent.

- "Système criminel sophistiqué" -

Depuis le Chili, le président Jair Bolsonaro a réagi à l'arrestation de son prédécesseur en estimant que "la justice est faite pour tous et chacun est responsable de ses actes". 

Le juge Marcelo Bretas, chargé de l'opération "Lavage express" à Rio, a également ordonné la détention préventive de l'ex-ministre des Mines et de l'Energie Moreira Franco, et de six autres suspects, dont le colonel Joao Baptista Lima.

"Le colonel Lima et Michel Temer ont agi ensemble depuis les années 80", a lancé en conférence de presse la procureure Fabiana Schneider, évoquant "la croissance exponentielle des contrats" passés entre les mains du colonel lorsque M. Temer "exerçait des fonctions publiques". 

Le parquet a annoncé ces arrestations sur la base d'une "délation récompensée" et dans le cadre d'une enquête ayant mis au jour "des détournements de fonds", du "blanchiment d'argent, des fraudes sur des appels d'offres, de la corruption active et passive".

Le parquet a évoqué un "système criminel sophistiqué" sur des projets de génie électro-mécanique dans la centrale nucléaire d'Angra, qui n'est toujours pas achevée.

M. Temer était arrivé au pouvoir en août 2016, après la destitution brutale de la présidente de gauche Dilma Rousseff -- pour maquillage des comptes publics -- dont il était le vice-président. 

Vieux renard de la politique et cacique du PMDB devenu MDB (centre droit), M. Temer a pu paraître inoxydable tant qu'il était au pouvoir, réussissant à deux reprises à écarter la menace d'une destitution, grâce à un intense lobbying politique.

Il avait renoncé à être candidat à sa succession en octobre devant son niveau de popularité historiquement bas: 7%.

Michel Temer avait cédé les clés du palais du Planalto le 1er janvier à Jair Bolsonaro, après un court mandat plombé, outre par une avalanche de scandales de corruption, par l'inaction et la stagnation économique.

- méthodes "dictatoriales" -

Jair Bolsonaro, élu notamment grâce à son image de "Monsieur Propre", a fait de la lutte anticorruption une priorité. 

Cette arrestation intervient à un moment où l'enquête "Lavage express" est critiquée pour ses méthodes jugées "dictatoriales" par certains, avec notamment la détention préventive, vue comme un abus de pouvoir judiciaire. 

Le MDB de M. Temer a ainsi demandé jeudi "le rétablissement de la présomption d'innocence".

Thiago Vidal, analyste chez Prospectiva, a vu "un nouveau signe de tension institutionnielle" au Brésil, "l'arrestation d'un ex-président étant toujours une mesure tout à fait exceptionnelle".

L'opération "Lavage express", lancée il y a exactement cinq ans, a mis au jour le plus grand scandale de corruption de l'Histoire du Brésil, autour de contrats du groupe public pétrolier Petrobras, avec des grands groupes du BTP.

Loin d'être terminée, elle a jeté en prison de très nombreux responsables politiques de tous bords et des chefs d'entreprises de premier plan et permis de recouvrer quelque 3 milliards d'euros.

Au total, des peines de 2.242 années de prison ont été prononcées avec 155 condamnations dans le cadre de "Lavage express", qui a étendu ses ramifications dans toute l'Amérique latine.