Ce projet de plan de départs volontaires (PDV), qui ne touchera pas les magasins, a été présenté mardi aux instances représentatives du personnel au cours de trois comités sociaux et économiques (CSE) extraordinaires dans le Nord, à Lesquin et Marcq-en-Baroeul.

"Afin de gagner en efficacité opérationnelle et en agilité, "il est envisagé un projet de réorganisation" de ses fonctions support, qui verra les équipes actuelles être "redimensionnées", souligne le distributeur dans un communiqué.

Le PDV envisagé concerne "les salariés des fonctions +siège+ et +produits+ d'Auchan Retail, des fonctions +siège+ et +produits+ d'Auchan Retail France et des services d'appui de l'organisation commerciale territoriale des activités françaises", soit un total d'environ 4.000 personnes.

Selon la direction, 677 postes seraient supprimés dans ces directions, dont 652 actuellement occupés, tandis que 135 postes seraient créés, soit une "suppression nette de 517 emplois actuellement occupés".

"Ce n'est pas les 1.000 qu'on avait attendus, donc c'est moins pire" que prévu, a réagi auprès de l'AFP Guy Laplatine, délégué CFDT, mais "on est inquiet". "De fait, on est environ à 20% d'emplois qui disparaissent par rapport au nombre de postes occupés sur le périmètre global, et notamment sur la partie française", a-t-il précisé.

Son collègue Bruno Delaye, délégué syndical Retail d'Auchan France (CFTC), a qualifié quant à lui le projet de "brutal", qui nécessite des "éclaircissements" lors d'un CSE extraordinaire le 28 janvier.

- "Désastre social" -

"La distribution s'est développée sur un modèle puissant", celui de l'hypermarché regroupant sous un seul toit offres alimentaire et non-alimentaire, "devenu aujourd'hui inadapté", analyse Edgard Bonte, président d'Auchan Retail.

Or, le modèle économique d'Auchan repose majoritairement sur ce format de magasin, aujourd'hui en perte de vitesse face aux nouvelles habitudes de consommation qui voient les clients se tourner, pour leurs courses alimentaires, vers des supermarchés de proximité notamment, et pour leurs achats non-alimentaires, vers des enseignes spécialisés ou internet.

Face à ces mutations du secteur, M. Bonte se veut optimiste. "Auchan Retail a des atouts solides pour faire face à ces changements qui impactent son modèle: une marque puissante, ancrée dans les territoires et une culture d'entreprise tournée vers l'entrepreneuriat, à condition d'engager un travail de transformation profonde".

Interrogé sur FranceInfo, le député (LFI) du Nord, Adrien Quatennens, a estimé que ce projet de suppressions d'emplois constituait un "désastre social".

Le groupe de distribution avait déjà lancé un premier volet de son plan de "redressement" au printemps 2019, avec la cession de 21 sites concernant potentiellement entre 700 et 800 salariés. En juillet, la direction avait affirmé avoir trouvé des repreneurs pour dix des sites mis en vente.

Ces actions visent un "retour à l'équilibre financier et un changement profond à horizon 2022", qui passera par "la réduction de ses coûts de fonctionnement", avec pour "ambition à terme" de réaliser 1,1 milliard d'euros d'économies de coûts, ajoute mardi Auchan.

- "transformation culturelle" -

L'entreprise prévoit de mettre en place un "accompagnement exemplaire" des salariés désirant accéder au PDV.

Interrogé par la presse au siège d'Auchan Retail France à Croix (Nord), son directeur général Jean-Denis Deweine a ainsi expliqué que l'entreprise avait besoin "de profils nouveaux" et de "nouvelles expertises".

"Nous adaptons notre modèle historique au nouveau contexte commercial qui veut davantage de digital (numérique, ndlr), de proximité, de qualité, (et) qui veut le +consommer mieux+ plus que le +consommer plus+ qui était l'apanage du groupe Auchan d'hier", a souligné Jean-Denis Deweine. Tout en rappelant que 300 millions de visiteurs avaient fréquenté les 127 hypermarchés de l'enseigne en France l'an passé.

Selon le dernier pointage du panéliste Kantar, le groupe Auchan pèse 10,1% de parts de marché dans la grande distribution en France, en recul de 0,8 point en quatre ans. Propriété de l'Association familiale Mulliez (AFM), Auchan Holding a enregistré une perte nette de 1,145 milliard d'euros pour 2018.